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L'origine du projet

Une aventure multidimensionnelle

Explorer la ville. Dans le domaine public: agir pour semer le doute, lutter contre l'indifférence, poser des gestes et aller à la rencontre de l'Autre. Risquer. Voilà quelques-uns des motifs qui amènent DARE-DARE à soutenir les pratiques urbaines de façon active depuis le remaniement de son mandat en 1996. Cette nouvelle orientation donne lieu à une réflexion sur le sens qui se dégage des processus et des contextes de création non conventionnels. Afin d'approfondir cette recherche, DARE-DARE développe, à travers sa programmation régulière et par le biais de projets spéciaux, des structures flexibles de production et de diffusion où l'échange, la rencontre et l'expérimentation sont à l'avant-plan.

C'est cette démarche ainsi que son implication ponctuelle au Centre d'histoire de Montréal, qui a poussé Raphaëlle de Groot, artiste et membre de DARE-DARE, à proposer Mémoire vive, un laboratoire où l'investigation artistique se lie à l'enquête historique pour produire des relectures personnelles de l'histoire de la ville. En continuité avec L'algèbre d'Ariane, un projet international d'échange et de coopération initié par Stéphane Gilot et Caroline Boileau en 1997, Mémoire vive s'inscrit dans la volonté de DARE-DARE de rejoindre de multiples publics et de développer des collaborations avec des institutions, des organismes et des individus. D'ailleurs, c'est peut-être là où se situent les dimensions les plus expérimentales du projet. En provoquant ce type de contexte de création, DARE-DARE bâtit une réflexion sur le terrain et se voit sans cesse nourri par les questions que suscitent l'interaction avec de nouveaux publics.

Mémoire vive est aussi motivé par le désir toujours renouvelé des membres de DARE-DARE de repousser les frontières de l'art en s'engageant dans des expériences déstabilisantes et dépaysantes. Cela, tant par le contexte de diffusion qu'offre le Centre d'histoire de Montréal qu'à travers le processus de création mis en œuvre. En effet, en réunissant des artistes et créateurs de plusieurs domaines (aménagement paysager, pratiques interdisciplinaires, performance, littérature, art engagé) et en sollicitant, à différentes étapes de la recherche, de la production et de la présentation, la collaboration de l'équipe du Centre d'histoire ainsi que de professionnels et d'intervenants du monde de l'archéologie, de la géologie, des archives, de l'histoire, de l'urbanisme, de la philosophie, des organismes humanitaires, des communautés culturelles, et de bien d'autres secteurs; les projets des artistes de Mémoire vive développent des ramifications inattendues qui nous amènent parfois en dehors du champ traditionnel de l'art. Vue ainsi, Mémoire vive prend la forme d'une aventure multidimensionnelle où, parallèlement aux projets et thématiques de chacun des artistes et créateurs participants, le public est invité à réfléchir au processus même de relecture, d'interprétation et d'appropriation de l'information et des données historiques; un processus ici alimenté par la rencontre d'une diversité de points de vues, d'attitudes, de partis pris, de moyens et de stratégies.

Raphaëlle de Groot
Instigatrice et coordonnatrice de Mémoire vive
DARE-DARE, Centre de diffusion d'art multidisciplinaire de Montréal

Le jeu de l'exploration

L'histoire est vivante et inscrite dans la ville actuelle. Telles pourraient se décrire la vision et l'approche qui motivent l'équipe du Centre d'histoire de Montréal depuis sa fondation en 1983, et plus particulièrement depuis le réaménagement en 2001 de l'édifice et de son exposition permanente situés au cœur de la place d'Youville. Les activités du CHM sont donc tournées vers une démarche exploratoire s'arrimant à la ville, tant dans son tissu urbain que social. Le " nouveau " Centre d'histoire est en effet pensé comme une porte d'entrée nous redirigeant vers la ville pour y découvrir les lieux et traces de son histoire, ses quartiers et les gens qui les habitent. Au-delà de sa mission de diffuseur du patrimoine montréalais, le Centre d'histoire de Montréal cherche à jouer un rôle social et communautaire concret, faisant de ses espaces d'exposition un lieu accessible et utile qui évolue avec la communauté qui l'anime. Pour ses projets d'exposition, le CHM s'associe également depuis quelques années avec des organismes, des groupes et des regroupements qui rejoignent des champs culturels, des publics ou des territoires spécifiques. En permettant de créer des liens, ces alliances développent une approche de mise en relation durable et favorisent un apprivoisement réciproque, un réel échange " interculturel " dans tous les sens du terme entre des milieux diversifiés et des individus.

Réunissant artistes, créateurs et travailleurs du domaine de l'histoire, le projet Mémoire vive, réalisé en collaboration avec la galerie DARE-DARE, s'inscrit dans cette démarche en proposant un jeu de relecture et d'appropriation libre de l'histoire et de son inscription dans la ville. Pour les artistes et créateurs participants, il s'agit d'apprivoiser la démarche historienne et la communication historique destinée au grand public ; pour l'équipe du CHM, habituée à expliquer et à décrire, Mémoire vive invite à laisser un peu de place à l'ambivalence de l'évocation, à l'indéterminé et même au silence qui sont les matériaux privilégiés des artistes. En somme, tant pour les artistes que pour les interprètes en histoire, une aventure, afin que la mémoire vive.

Jean-François Leclerc
Directeur du Centre d'histoire de Montréal

www2.ville.montreal.qc.ca/chm/chm.htm